Ce n’est pas une question du passé mais un sujet d’avenir. La France est un laboratoire de la diversité culturelle, mélangeant pays du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest... La diversité culturelle sera le problème fondamental de la mondialisation de demain. Après l’économie, la question du respect de l’identité culturelle sera centrale. Pour gérer cette question, nous pouvons être au centre du dispositif. car ce que la mondialisation n’avait pas vu, c’est l’importance des liens linguistiques. Et également des liens de solidarité entre les peuples. Nous entrerons ainsi de plain-pied avec les enjeux de demain avec ce thème capital de la diversité culturelle.
Ce que je nomme la francosphère, la France sans son aspect colonial, est un atout. J’en veux beaucoup aux élites de ne pas voir cet enjeu. Elles sont en retard voire carrément absentes. Elles courent après l’anglais. La question n’est pas de lutter contre l’anglais mais de sauver les autres grandes langues. Mais c’est un scandale car personne ne travaille sur ce sujet, les élites refusent de comprendre qu’il s’agit d’un enjeu majeur et que la francosphère peut être un acteur clef de la mondialisation de demain.
Les politiques n’agissent pas, s’en moquent. Je suis scandalisé ! Cela est lié à la mauvaise conscience des élites françaises par rapport à la colonisation. Ainsi qu’à la faiblesse culturelle des élites qui ne sont préoccupées que par trois choses : la technocratie, le business et la politique. Elles n’ont pas compris que les guerres et les paix de demain viendront des enjeux culturels. Avec les nouvelles technologies, nous sommes au courant en temps réel de la pauvreté, des conflits, des massacres commis dans le monde entier. Rongée par la mauvaise conscience d’un colonialisme mal digéré, la France finance à hauteur de 70% la francophonie sans y croire.
Il faut changer les mentalités pour que cela redevienne un enjeu majeur. Cela passe par l’éducation, les médias et une métamorphose complète de la sphère économique. A seriner que l’anglais est la langue des affaires, on oublie qu’on ne gère pas une société française comme une boîte américaine. On assistera à une réaction contre le monolinguisme dans les affaires. Et contrairement aux idées reçues, l’anglais sera la langue de la culture et le français pourra être celle des affaires. Dans la plupart des grands conclaves, on se dit bonjour en anglais puis après on prend des écouteurs et les traducteurs agissent. Dernier point, il y a une incohérence à voter la diversité culturelle à l’Unesco tout en répétant à longueur de temps qu’il n’y a qu’une seule langue, l’anglais.
Le nouvel Economiste, n°1366, 16-22 novembre 2006
Source : http://www.wolton.cnrs.fr
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