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Pagnol-Raimu, monstres sacrés : Jules et Marcel

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Comment un spectacle monté à partir de la correspondance entre Marcel Pagnol, de l'Académie française, et l'ioubliable Jules Raimu, pourrait-il ne pas être éblouissant, surtout lorsque Philippe Caubère donne la réplique à Michel Galabru ? Jules et Marcel est donné jusqu'au 31 décembre au théâtre Marigny à Paris. Philippe Caubère est reçu à Canal Académie par Jacques Paugam.

Dans la série « Grands comédiens et actualités du patrimoine théâtral » notre invité est aujourd'hui Philippe Caubère qui est, avec Michel Galabru, à l'affiche du théâtre Marigny à Paris. Avec un spectacle à la fois réjouissant et grave, l'un des spectacles les plus simples, les plus profonds les plus réussis de la 1ère partie de la saison théâtrale 2010-2011, spectacle intitulé « Jules et Marcel » et réalisé à partir de la correspondance échangée par Marcel Pagnol et Jules Raimu.

Philippe Caubère : Leurs liens étaient complexes, des liens de véritable amitié : un mélange d'amour, de rejet, de compétition, de complicité, d'ironie, d'esprit, et de compréhension mutuelle. Au bout du compte, ils se sont bien compris. Ca n'a pas été sans aspérité. Leur amitié a été très fructueuse puisqu'ils ont produit des choses inoubliables. Cela a démarré sur des chapeaux de roue. En fait, il faut resituer le contexte, Raimu est déjà une grande vedette du music- hall, Pagnol est un tout jeune homme. C'est un peu comme si à notre époque il était allé voir Coluche. Le courant n'est pas passé tout de suite. Raimu lui dit : « Vous savez, Marcel Achard écrit pour moi. Tristan Bernard aussi. Je vais lire votre « galéjade marseillaise » mais je ne suis pas sûr qu'elle m'intéresse ! » Et par la suite, quand Pagnol lui a proposé de jouer Panisse, d'emblée il a répondu « non, c'est César ». Par ailleurs, il y a eu l'histoire de Pierre Fresnay pressenti pour jouer Marius. Et Raimu tempêtant en disant « Quoi ! tu vas faire jouer le patron d'un bar marseillais à un alsacien protestant ! » Pagnol se défaussa en expliquant que c'était le directeur du théâtre qui insistait beaucoup...

J.P. : Pagnol va pardonner beaucoup à Raimu parce qu'il sait tout ce qu'il lui doit.

P.C. : Pagnol avait vraiment la conscience qu'écrire du théâtre est spécial. Ce n'est pas comme écrire un roman. Sans acteur la création théâtrale n'a pas grande valeur. Et vice et versa. C'est une notion que l'on a un peu perdue aujourd'hui.

J.P. : On vous entend dire : « Que tu sois le roi des emmerdeurs ce n'est pas sûr ; ce qui est sûr, c'est que tu es le roi des comédiens ».

P.C. : C'est en fait une manœuvre diplomatique pour amener Raimu à quelque chose. Ce sont des compliments vrais mais c'est aussi de la politique pour réconcilier Allibert et Raimu. Car Allibert a dit dans une interview que Raimu était le roi des emmerdeurs.

J.P. : Derrière l'amitié, il y a aussi toute une réflexion sur la création et en particulier cette phrase étonnante à propos des mots...

P.C. : « Ce ne sont pas les mots qui comptent mais ce qu'on met dessous, les choses importantes ne se disent pas, elles sont sous-entendues. » Je le prends sur le plan personnel (en amitié, en amour, on a tendance à parler trop) mais on pourrait aussi l'entendre sur le plan artistique. Ne pas tout dire, ne pas tout mettre. Moi j'ai tendance à écrire trop.

J.P. : Ce n'est pas très loin de ce que dit Anouilh. Par ailleurs, cela ne doit pas être facile d'occuper une place de théâtre avec Michel Galabru qui prend beaucoup d'espace, avec beaucoup de talent. Vous le faites avec beaucoup d'intelligence et de finesse. On a l'impression que vous restez un peu en dedans pour ne pas être en concurrence avec lui. C'est délibéré de votre part de rester en retrait ?

P.C. : Dans la pièce, mon rôle est un peu celui du clown blanc. Raimu explose et Pagnol le suit, l'accompagne, le recadre. J'ai décidé au départ d'être le plus en retrait possible, de prendre l'accent de Pagnol. Et puis au fil des représentations, des tournées, j'ai commencé petit à petit à improviser. Et puis Michel m'a suivi avec enthousiasme. Il me précède même. Au départ quand j'ai commencé à improviser j'ai vu son œil s'allumer et il m'a suivi dans la seconde !

En savoir plus :

- Le site web du théâtre Marigny

- Le site web de Philippe Caubère. On se souvient de sa prestation dans "La gloire de mon père" et "Le château de ma mère", deux des oeuvres célèbres de Marcel Pagnol.

- La fiche de Marcel Pagnol sur le site de l'académie française :http://www.academie-francaise.fr/immortels/index.html

Ecouter d'autres entretiens sur le théâtre réalisés par Jacques Paugam :
- Grands comédiens et patrimoine théâtral


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